Le post précédent nous donne l'occasion de revenir une fois n'est pas coutume sur deux CD aisement trouvables. Retour donc à l'époque glorieuse du comptact disc, où l'on pouvait croiser
Sébastien, Falco et Quentin à la Fnac (Dieu m'en préserve). Ceux qui, voici quinze ans, s’apprêtaient à franchir le seuil du 7 Park Avenue d’un pas traînant, simple visite de courtoisie auprès
d’une vieille connaissance, ont dû en être pour leurs frais. Deux années plus tard, la fébrilité dominait sans doute, aux abords de Golders Green. On a trop subi d’albums posthumes à peine
justifiés par un intérêt documentaire, pour ne pas voir ces deux recueils de démos comme quelque chose d’inespéré. Pour un peu, on en viendrait presque à chérir les membres de Badfinger d’avoir
écarté la quasi-totalité de ces titres créés solitairement entre 67 et 75, tant ces enregistrements maison s’enchaînent comme autant de joyaux bruts.
Catherine Cares
Coppertone Blues
Dear Father
Ringside
Grâce soit rendue à Dan Matovina pour avoir exhumé ces trésors qui échappent au double écueil de l’hétérogénéité (matériel qui s’étend des Iveys à la mort de Pete Ham) et de l’objet hybride
(quelques overdubs de basse et de batterie, cosmétique de rigueur pour des enregistrements captés sur un frustre appareil Sound-On-Sound Revox mono tape). Le mérite en revient certes au travail
du compilateur-producteur dont le doigté ne dénature en rien les compositions originelles. Il en revient surtout - et dans quelles proportions - à Pete Ham dont le génie de
pop-writer éclate dans ces home sessions qui voient se succéder des titres qui se suspendent immédiatement à la mémoire de l’auditeur bluffé.
Jamais, à l’écoute de ces chansons souvent brèves, parfois inachevées (le magnifique "I’ve Waited So Long to Be Free"), de ces mélodies si bien troussées en quelques accords, de ces arpèges
délicats, de ces guitares circonspectes ou de ce piano laconique on se surprend à rêver d’une forme plus conséquente, d’improbables arrangements qui viendraient enluminer des esquisses exhibées
comme des promesses ne demandant qu’à être tenues. Pour la première fois peut-être, on entend Pete Ham. Sa voix. Et à l’écoute de ces chansons d’un très jeune homme, d’évocations tendres ou
joyeuses, la tentation serait grande d’y scruter les ombres tapies d’une fatalité qui se profile ("Were Will You Be" ,"I’m so Lonely"). Se serait s’aventurer. Tout juste dira-t-on que la vie
passée par le filtre de l’art substitue la beauté à l’ordinaire. Et que la beauté voisine parfois la plus effroyable tristesse.
Mon penchant pour l’inconnu et les embarcations légères (le charme du lo-fi) me perdra. Voici un 45 tours de The Shades. Qui ? Quand ? On ne sait, ou peu s’en faut. Deux reprises - deux standards
à dire vrai - et je ne suis pas loin de penser qu’il s’agit des meilleures versions parvenues jusqu’à mes oreilles. D’un côté "More", à l’origine l’instrumental "Ti Guarderò Nel Cuore" du
film "Mondo Cane" et une cover bien plus appropriée que des démonstrations de crooner ou un détachement swing (Boby Darin, Sinatra, Roy Orbinson et consort), bien plus convaincante par ailleurs
que pas mal de formations dans un répertoire plus proche (les Young Rascals, par exemple). De l’autre, un "No Matter What" au cordeau, sorte de démo échappée à Pete Ham (tant pis pour les
harmonies de Tom Evans), qui perd en brio power pop ce qu’il gagne en fraicheur early sixties. Dans les deux cas un tempo un rien accéléré, quelque chose d’irrépressible dans la voix, au grain
presque fiévreux, une même urgence adolescente et le sentiment que ce qui est chanté a vraiment un sens pour son interprète. Un peu comme les Schibbinz quand ils reprennent "Lady Jane".
Attention ! Grand disque pop à l’horizon, pas si éloigné d’un Myke Jackson (la voix), peut-être
même de Sage pour le dernier titre, dans un registre plus "basement" toutefois (mention spéciale à Brett
pour la comparaison). On ne le dirait pas à les entendre, mais ils ne sont que deux, derrière cet album. Non pas que David M. Dawkins (vocaux et guitare) et Rudy Passano (claviers) aient pu se
démultiplier par enchantement, mais ces deux acolytes excellent à donner le change, livrant avec Mama Mama un patchwork cousu main dont le rendu n’était pas acquis au regard des moyens
employés. Orgue Hammond C3, piano Fender Rhodes, Wurlitzer, piano électrique Kawai, grand piano, synthétiseurs EML 101, Mel 200, ARP Pro et Moog : l’arsenal déployé par Rudy Passano paraît
sans limite pour cet orfèvre qui tel un Phil Spector des claviers s’emploie à échafauder des stuctures pop en faisant l’économie de la batterie et de basse. Pas de virtuosité gratuite dans ce
parti pris : le duo déroule des titres qui nous font regretter les seventies.
Yep, this is one of those bands who can play pop music without drums and bass, like The McElroy Brothers and they are very good for this (Rudy plays all the instruments
except guitar: Hammond C3 organ, Fender Rhodes, Wurlitzer, electric piano Kawai, grand piano, EML 101 synthesizer, ARP Pro soloist synthesizer, Moog)! That's said, their music sounds totally
different, but it is great too, reminding me Myke Jackson (for the vocals of David M.
Dawkins) and maybe Sage in the last track (thanks Brett for this comparison!). The songs have that fantastic
70's pop vibe like Myke... A must have rarity if you're into that kind of stuff!
Encore un disque à placer directement dans la catégorie "secret les mieux gardés". Ignorée même des amateurs du genre, Mahani Mohd n’a semble-t-il pas l’honneur de figurer dans les
compilations d’usage aux côtés des Dara Puspita ou autre Pattie Bersaudara. Elle n’y dépareillerait pas, ne serait-ce que pour ce disque fastueux. Non pas qu’Angin Malam se situe dans un registre
garage 60's beat. On y trouvera un assortiment de chansons comme peu savent en concocter, une cuisine exotique, mêlée et audacieuse dont les saveurs se révèlent subtiles en vertu d’une belle
production et d’un grand sens des arrangements. Le risque était qu’un excès de sucre et de sirop viennent alourdir le tout. On a su y mettre autant de sel et d'épices. Qu’elle se fasse grave,
escortée par des cuivres fiévreux ou une flute caressante et mélancolique, que sa voix prenne une fraîcheur acidulée sur des tempos plus enlevés, qu'elle reprenne magistralement Let It Be
(superbe fuzz guitare) ou qu'elle interprète ses propres titres, chante seule ou en duo, Mahani Mohd nous entraîne au coeur d'une Asie qui n'a jamais existé, pas même à Jakarta.
Retour à ce blog après quelques jours de retraite musicale. Pas mieux qu’un disque xian pour se faire. Encore n’est-ce pas tant son propos religieux qui me fait choisir le très discret et très
mystérieux Dave Stearman dont l’album ne comporte ni titre, ni label, ni date. Tout est dans le regard ici, comme celui de la pochette ocre de ce portrait en médaillon où affleure la crainte
derrière un détachement souriant. Simple timidité ou reflet d’un certain contraste entre une foi qui est celle des bienheureux et une manière parfois si ténue et si délicate de la célébrer
que cette douceur vient presque la démentir ? Le folk pastoral délivré par Dave Stearman s’accorde en tout cas idéalement à son propos où la nature fait écho à l’homme immergé en Dieu. Chacun des
titres ou presque de ce bref LP (on mettra à part l’étonnant raga Messiah) atteste d’un bonheur quiet qui finit par être contagieux. De la délicatesse. De la candeur, oui. Et cette voix apaisée
qui apaise nos propres démons.
It's time to go back to music after a retreat. There is no better way for me than choosing a xian album. It's not that I expected Dave Stearman (a virtual unknown) to deliver an original
message but there is something else about this LP that's "very friendly". Some beautiful melodies with a subdued playing and a great instrumentation. Lyrics that are quite naive but not in a bad
way. And the singing - Stearman's vocals are everything they need to be: soothing, sweet, peaceful and inviting. A pretty great pastoral folk set with a sunday afternoon vibe.
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Somewhere there is music or a musical peregrination through buried treasures, lost masterpieces, obscure gems, ultimate grails, underestimated albums, so-so outsider releases and maybe crap according to some people.