C'est une histoire à propos du soleil, du temps qu'il fait et du temps qui passe. Qui pèse au point, après avoir revêtu son plus beau costume - gibus, complet trois pièces, cravate, façon Belle Epoque - gagné la plage et s'être assis sur une chaise à bascule, puis contemplé l'océan, serein et détaché, de se tirer une balle en pleine tête.

Words and Music est ce concept album d'un entre-deux où le passage de la vie à la mort laisse affleurer des strates du temps, convoquant des nappes de passé au fur et à mesure des titres. L'auditeur se meut avec le protagoniste dans un monde où les lois physiques ne sont plus tellement celles qui régissent la vie. La perception d'une autre réalité se superpose à la réalité, le corps s'altère ("Mr Gun" où l'arme devient la cible), se confond avec l'environnement et les éléments ("My Head Is in the Cloud"), s'irréalise, disparait, s'incarne dans un tableau de Grant Wood, chantre du régionalisme américain ("I Found a Friend").

Les souvenirs qui affluent permettent de s'affronter à la mythologie américaine (plongée dans la musique populaire des fifties-sixties de la face B) et à ses points aveugles (passif historique avec les sud-américains dans "Honky Dory USA", évocation de la grande crise sur fond d'idylle naissante : "Josephin").

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Une trouvaille rêvée pour tout digger, Le Blanc et Lalancette est aussi l'un des plus beaux trésors de la scène québécoise. L'inhabituel pochette dissimule une pop psychédélique merveilleuse, originale et complexe et en dit long sur les heures consacrées. Toutes les subtilités, effets et collages sonores ne se dévoileront qu'avec le temps. Bien qu'une multitude de musiciens, dont des membres d'Opus 5 se joignent à Robert Le Blanc et Alain Lalancette, les informations qu'offre la toile ne sont que lapidaires. C'est d'autant plus incompréhensible que cet album pressé sur Celebration (comme Harmonium) existe en deux versions, quasiment identiques : anglaise et française. 

Words and Music fait à la fois penser à J.K & Co., aux Beatles et à Peter Howell ("Intro" et "Waves") et aux disques 'waxidermistes', en particulier la seconde face, qui ose les prises de risques, enchaînant des passages plus étranges les uns que les autres : jazzy, rock & roll et parfois délirants, donnant à l'auditeur un terrain favorable à son libre arbitre, le berceau d'une imagination sans borne.

Rest With Me 

Mr. Gun (Part 1) 

The Sun Over You 

Landscape 

Pour écouter un extrait de la version française, c'est ici.

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