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J'écoute un mage. Pas un de ces joueurs de bonneteau aux tours grossiers, ni même de ces Mandrake d'un clinquant dont se repait l'époque - nous sommes en 67 - mais l'un des magiciens les plus délicats, les plus poétiques que la scène psych-folk ait porté. Idiosyncratics And Swallows Wings s'écoute comme on ouvre un grimoire, un recueil de formules perdues.

Une collection de chansons, que Jeremy Harmer, flanqué de David Costa, futur Trees et autre maître alchimiste d'East Anglia, nous délivre comme autant de sortilèges, servi par une formation de chambre (guitare, basse, alto, flute et batterie) au jeu précis et nuancé. Un lyrisme de couleurs flotte, porté par ce cortège aérien, mais un lyrisme contenu, voilé. Le nimbe de chœurs féminins ("Self Contained"), l'allant de certains titres ("A Happy Song", "With You Each Day") n'y font rien : la voix de Jeremy Harmer est la voix du spleen s'il fallait réduire le spleen à une voix.

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J'écoute Jeremy Harmer et j’entends Nerval. Josephine et Melanie remplacent Silvie et Aurélia. Restent, ces femmes brumeuses, d'autant plus présentes que perdues, d'autant plus désirables qu'absentes, disparues, endormies. Je vois ces figures emportées par la brise qui pousse au gouffre, avec l'oubli et les fantômes.

J'écoute "A Sad Song" et cette manière de chanter sans chanter, basso obstinato, la plainte des altos, la progression de la guitare, l'envolée des cordes. J'écoute Jeremy Harmer dont les mots sonnent comme des sanglots - une cathédrale engloutie.

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A Sad Song 

People Smile with Ghosts in the Land of Make-believe 

Melanie 

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