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Une pochette qui évoque les miroitements vénitiens et autres arlequinades. Un titre aux airs dont ne sait quelle célébration païenne ancestrale : pas étonnant que ce Collage là ait échappé à la sagacité d'un Ken Scott, pourtant infatigable archiviste de ce que la production chrétienne compte de matériel. En fait, il semble que ce quintette de l'Illinois (du moins présumé tel au vu du lieu d’enregistrement, Palos Hills, dans la banlieue ouest de Chicago) ait élaboré une sorte de concept album directement inspiré par 'The Feast of Fools', œuvre de Harvey Cox parue en 1969. Ce théologien y figure un portrait de Jesus en arlequin et en clown et, plus généralement, y réhabilite le rire comme composante essentielle de la foi chrétienne envisagée comme expression d'une joie sans limite. On était certes familier de ces disques qui flirtaient avec une spiritualité des béatitudes ; aucun ne nous avait habitué à cet inventaire de rires affichés ou à naître d'une joie pour lors non advenue ni à cette galerie de clowns et d'idiots extatiques. D'où la coloration particulière de ces titres folk souvent rythmés (importance des percussions, expressions d'une vibration tellurique, touches allègres de banjo et de flûte) qui fait la part belle aux voix féminines (Marilyn Berger, Mary Chris LaKome et Marita Schnaidt). Arrivé à un certain point d'expression et de répétitions des mêmes motifs jusqu'à l'absurde, l'enjouement de ces croyants se teinte inexorablement d'une étrangeté contraire au dessein proclamé. Cette vie en abondance, où tout est grâce, voisine ainsi une forme d'intensité démoniaque et cette fête des fous prend des airs de vision hallucinée à laquelle certaines substances ne seraient pas étrangères.

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The harlequinade pictured here on the front cover conceals a pretty unusual Christian outing. This is conceptual religious folk with excellent female vocal harmonies that might well have come from 'The Feast of Fools', wrote in 1969 by Harvey Cox. With this book, this theologian reinvented Jesus as harlequin and a clown, while praising rituals of feast, play and fantasy. It almost goes without saying that Collage believed in salvific laughter. To such an extent that the repeating motifs give this cohesive set of songs an insidiously creepy edge. And ends up having the feel of hippies having a bad trip seeing hilarious clowns and fools with sparkling eyes everywhere. Something which adds the folk delivered by this Illinois quintet the right tone of eeriness. At its best, a good companion piece to The Seraphims or One Time Syncopated Codpiece.

The Clown Song 

The Takeho Song 

Equinox 

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