J'ai beau connaître la formule par cœur de ce pop-folk poids léger, je me surprends toujours à goûter avec une même appétence à ces petites choses assemblées avec les moyens du bord et qui, dans le meilleur des cas, nous offrent des albums aussi racés que rapiécés.

Paru en 1980 sur Lylac Records, Flying Alone ne déroge pas à cette catégorie. Secondé à la basse, à la guitare et aux percussions par ce qu'on imagine être son frère Gary, Alan Dunham nous y dévoile un univers de bric et de broc visant l'éther. Style primitif et quasi métronomique d'une mini-batterie comme en contrepoint à la quête d'apesanteur, cordes maigres, semblants d'harmonies (double-tracking), production parfois rêche sont autant de limitations auxquelles s'affronte Alan Dunham, sans que cette absence de fioriture ne vienne circonscrire son talent de songwriter pop.

De l'élan trottinant des morceaux d'ouverture de chaque face aux ballades tire larmes ("Teardrops", "Live Again"), de l'invocation frémissante et rustique de "Little Sparrow" à la récriture dans le plus simple appareil de ce qui s'apparente à des oldies ("The Game", "Shake It"), de la fable pastorale "Wishing Willow Tree" à l'abrasif "A Little Bit Longer" en passant par des bluettes à faire vaciller les cœurs de pierre ("Sally", "For You, My Love"), on ne compte plus les réussites, on en passe et des merveilleuses ("My Song To You", "Castles In Μy Mind", "Get Away").

Pour autant, avec ces chansons à tête haute portées par une voix distillant souvent le poison de la mélancolie, Alan Dunham vole-t-il seul au monde ? Disons qu'il rivalise sans même lever les yeux avec l'énergie gracile de son contemporain Roger Sherman, tutoie l'entrain rigolard et gringalet d'un Sparkly Grinstead, s'approche de l'intimisme beatlesque de Paul Huber et plane quelques coudées au-dessous du sublime élégiaque et amoché des démos de Pete Ham.

Little Sparrow 

Castles In My Mind 

Get Away 

Qu'on ajoute à cet album de pop volante deux 45t du même acabit ("Hightailing (Down the Road) + A Song for Someone" et "They're Calling + Boogie Tonight") et l'on comprendra, s'il en était besoin, qu'Alan Dunham n'est pas en reste en matière de merveilles voltigeuses.

A Song For Someone 

They're Calling 

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