A l'instar de Guillannu, Les Gens de Cherves, autre groupe emblématique de la région Poitou-Charentes, déjà abordé par ici, a choisi pour son disque de Noël de célébrer sur un même microsillon la Nativité et les airs de quête. Une fois encore, la frontière entre airs populaires et savants est floue. A nouveau, le disque laisse la part belle aux instruments anciens (cromornes, flûtes à bec, cordes, violons, chalumeau, hautbois du Poitou, violon-sabot, fidel, viole de gambe...) et convoque tout à la fois des chansons hérités des grands-parents ou recueillis par des folkloristes au XIXème siècle et des danses de la Renaissance, tirés de l'Orchésographie de Thoinot Arbeau. De danses, il en est beaucoup question : pas moins de cinq branles et une estampie, qui ne sont pas spécifiquement de Noël, mais simplement des danses, car fut un temps où les 24 et 25 décembre, l'on avait le sens de la fête, où Noël n'était pas réservé aux seuls enfants ; d'ailleurs, on empruntait beaucoup aux chansons amoureuses, airs à boire ou chansons franchement grossières. Erasme écrivait en 1521 : 

« Alors résonnent les trombones, les trompettes, les cornets, les fifres, les orgues, et l'on chante avec. On entend de honteuses chansons d'amour, d'après lesquelles dansent les mauvais garçons et les filles publiques. Ainsi on court en foule aux églises, comme à un lieu de divertissement, pour entendre quelque chose de gai et de réjouissant. »

A grande fête, grand disque. On pourra aussi découvrir des airs de rodage (chants du laboureur ou du bouvier), il va de soi a cappella, que dépeint si bien George Sand dans la "Mare au diable" et puis, l'on pourra enfin se laisser aller à la rêverie en écoutant le "Conte de Pierre", hommage aux crève-misères imaginé à partir des guillannus recueillis par Jérôme Bujeaud au XIXème siècle, à une époque, où ces coutumes archaïques avaient presque déjà disparu. 

Oh, vous vous trémoussez, pasteurs de Judée 

Disons Nau 

La part à Dieu 

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